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Les crimes impunis de l'agent orange

Trente ans après, Ho-Chi-Minh-Ville a commémoré -ce week-end- sans triomphalisme la chute de Saïgon, marquant la victoire des forces communistes et la fin de la guerre du Vietnam. Rompant avec les démonstrations de masse et de puissance des années précédentes, les autorités vietnamiennes se sont contentées d'un défilé a minima de quelques centaines de soldats autour de la reproduction d'un char américain en carton-pâte, devant le palais où siègeait le gouvernement du Sud soutenu par les Etats-Unis. Deux millions de Vietnamiens et plus de 58 000 soldats américains ont péri lors du conflit, dont les traces sont encore visibles parmi la population et dans les paysages. Mais, trente ans après la chute -le 30 avril 1975 à 11 heures du matin- de l'ancienne capitale du Sud-Vietnam, l'heure est au développement de relations cruciales avec les Etats-Unis qui n'ont rétabli leurs relations diplomatiques qu'il y a dix ans mais qui sont, aujourd'hui le premier partenaire commercial du pays. Une croissance de 7,5% par an en moyenne depuis l'an 2000, qui fait du Vietnam l'économie la plus dynamique au monde derrière celle de la Chine, a permis de panser certaines plaies de la guerre.

Certaines. Parce qu'une arme silencieuse, invisible, continue de menacer -dans certaines régions- une population dont plus de la moitié n'a pas connu le fracas des bombardements. L'agent orange, qui fut, pendant dix ans, l'un des principaux défoliants utilisés par l'aviation américaine, poursuit ses ravages sur les hommes et l'environnement. Les experts militaires estiment que plus de 75 millions de litre d'herbicides -dont 61% au moins d'agent orange- ont été déversés en dix ans sur le Vietnam, ce qui représente près de 400 kilos de dioxine. Et selon les mêmes sources, quelques trois millions d'hectares ont été la cible des épandages, affectant directement entre 2 et 5 millions de personnes.

En 1984, sept entreprises chimiques américaines ont versé une somme de 180 millions de dollars dans le cadre d'un procès intenté par des anciens combattants américains victimes de cancers. Aujourd'hui, ce sont les victimes vietnamiennes qui entendent obtenir réparation. L'association qui les défend a déposé, devant un tribunal de New York, une plainte pour violations des lois internationales et crimes de guerre contre les entreprises qui ont produit l'agent orange. Mais les arguments avancés par les anciens combattants n'ont pas joué en faveur des victimes civiles vietnamiennes.

Et lorsqu'il a dû se prononcer sur ce dossier -le 10 mars dernier- le juge fédéral Jack Weinstein s'est rangé aux avis du département d'Etat et du Pentagone. Il a déclaré que la démarche des plaignants est sans fondement et prononcé le rejet de la plainte. Les associations de victimes civiles de l'agent orange et les autorités vietnamiennes ont fait appel de cette décision...

Richard Labévièr



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