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Le Sénateur américain John F. Kerry et l'Agent Orange

Le candidat démocrate à la Maison Blanche John Kerry a raconté à Newsweek paru le 8 mars qu'il a vu de ses propres yeux les troupes américaines larguer de l'Agent Orange pendant la guerre au Vietnam, dont lui et ses frères d'armes se rendaient compte du danger.

"Nous savons qu'ils ont utilisé des défoliants, au moins j'ai su qu'ils ont utilisé des défoliants, parce qu'ils étaient tout autour de nous", a indiqué Kerry qui était un lieutenant à l'époque.

Les troupes américaines ont déversé des tonnes d'herbicide pour détruire la forêt tropicale qui servait de camouflage aux combattants vietnamiens, leur privant de sources de nourriture et protégeant les soldats américains contre leurs attaques.

D'énormes épandages de ces poisons ont été ainsi concentrés dans les zones autour des bases américaines et des aérodromes ainsi qu'à proximité des routes terrestres et fluviales. Une des cibles principales a été la fameuse piste Hô Chi Minh par laquelle munitions et armes ont été acheminées du Nord au Sud.

"Ils nous ont juste dit qu'ils pulvérisaient quelque chose pour détruire les brousses", s'est rappelé Mike Medeiros, qui a servi avec Kerry à bord d'un PCF (patrouilleur rapide) 94 en hiver de 1969. "Cela ressemble à un paysage lunaire.... Vous avez vu partout les restes squelettiques des arbres", a-t-il ajouté.

"Nous avons vu souvent les C-130 nous survoler - ils descendaient le long de la rivière et laissaient tomber sur nous cette substance", a aussi renchéri Wade Sanders, coéquipier de Kerry au delta du Mékong, parfois à bord d'un même patrouilleur longeant la frontière avec le Cambodge.

Cette substance était l'Agent Orange qui, avec le temps, peut être fatale aux hommes ainsi qu'à la plupart d'autres êtres vivants. "Le vent pouvait emporter directement vers nous cette brume. Mais ils ne nous ont pas dit ce que c'était", a-t-il dit.

"Nous nous étions souvent baignés dans ces rivières pour nous rafraîchir. L'Agent Orange était partout, tout autour de nous, mais personne ne nous disait de ne pas entrer dans l'eau", a raconté Sanders qui avait discuté à plusieurs reprises avec Kerry de leur exposition à l'Agent Orange.

Dans ses premiers commentaires publics sur son expérience avec l'Agent Orange, Kerry a confié à Newsweek que "je ne pense pas que j'ai vu autant de choses que lui (Sanders), mais j'en ai vu certaines et je sais que nous nous étions baignés dans l'eau".

"C'était juste la nature de la vie dans un bateau là-bas. C'était une réalité", a indiqué le sénateur du Massachusetts (nord-est), ajoutant qu'il n'y avait jamais vraiment pensé dans un sens personnel.

Entre 1961 et 1971, des millions de litres d'herbicides toxiques à forte teneur en dioxines ont été déversés sur le Vietnam. Cette dioxine provoquerait de multiples maladies : cancers des poumons et de la prostate, malformations congénitales, paralysies.

Kerry a lutté pendant des années pour aider les anciens vétérans qui souffrent du cancer, des maladies de la peau, du cerveau, et des systèmes nerveux, respiratoire et circulatoire.

Il est le principal sponsor de la loi de 1991 qui procure à quelque 10.000 vétérans exposés à l'Agent Orange 2.300 dollars par mois pour diverses infirmités. Il a récemment tenté en vain de d'aider Tommy (Trees) Forrest, qui avait servi à bord d'un autre bateau mais dans la même région de bataille, à obtenir des allocations pour son cancer du foie.

"J'ai personnellement observé la pulvérisation de l'Agent Orange", a-t-il écrit dans une lettre en date du 25 juin 2003. "Je témoigne donc avec certitude absolue que Thomas G. Forrest et n'importe quelle autre personne dans la région d'opération là-bas étaient certainement exposés à l'Agent Orange", a-t-il conclu. - AVI